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Gen Tahir Guinassou:

KINSHASA, 28 avr (IPS) - La République démocratique du Congo (RDC) regorge respectivement de plus de 50 pour cent et plus de
35 pour cent des réserves africaines et mondiales d’eau, selon l’Agence nationale de promotion de l’investissement.
Pourtant, plus de 50 pour cent de la population congolaise ne peut accéder à l’eau potable, selon des organisations non gouvernementales (ONG) qui travaillent dans
l’assainissement et la distribution de l’eau dans ce grand pays d’Afrique centrale.
A l’heure où les Nations Unies avertissent sur «une prochaine crise planétaire dans le domaine de l’eau», l’Afrique et le monde «ne devraient malheureusement pas être en
droit d’espérer que ce riche pays leur éviterait la catastrophe, pour la simple raison que toutes ces richesses qui ne sont que potentialité doivent encore faire l’objet d’études approfondies»,
estime Yoka Lye Mundaba, un professeur à l’académie des beaux arts à Kinshasa.
Un groupe d’agences des Nations Unies, qui a produit en mars un rapport dont copie est parvenue à IPS, estime le besoin journalier en eau potable «pour la seule ville de
Kinshasa à 527.500 mètres cubes par jour, alors que l’entreprise publique congolaise qui a le monopole de production et de distribution d’eau (REGIDESO) n’en fournit que 337.500 m3/jour, soit un
déficit journalier de 42 pour cent, égal à 220.000 m3».
Le même rapport établit par ailleurs que «le taux de couverture en latrines hygiéniques demeure inférieur à 40 pour cent», ce qui, dans cette ville où le niveau de vie est
déjà supérieur à tout le reste du pays, en rajoute «aux maladies des mains sales et à différentes épidémies». Le dernier recensement estime la population de Kinshasa, la capitale congolaise à
quelque sept millions d’habitants en 2006.
Un «Document d’analyse des priorités pour l’année 2009» des Nations Unies interpelle sur le fait qu’«en l’absence d’eau potable suffisante, la forte explosion démographique
que connaît la RDC entraînera la promiscuité et l’insalubrité, et favorisera le développement de maladies infectieuses».
Cet état de choses pourrait être exacerbé par le désengagement et les limites des ONG qui travaillent dans l’assainissement et la distribution de l’eau potable dans
l’arrière-pays et dans les environs de la capitale, puisqu’elles ne peuvent pas remplacer les services de l’Etat, estime Olivier Krins, chef de mission de «Solidarités», une ONG française qui
opère dans plusieurs régions du pays.
Krins reconnaît, par exemple, que son ONG «est limitée à l’urgence et à l’humanitaire», qu’elle ne peut se substituer aux autres acteurs (les services publics) qui ont la
charge de couvrir, en temps ordinaires, les besoins de la population en eau potable. Cette ONG a déjà implanté plus d’une quarantaine de points d’eau qui approvisionnent la population dans le sud
et l’est de la RDC. Pour Krins, l’effort de «Solidarités» a sensiblement aidé à la lutte contre le choléra, entre autres maladies hydriques.
Pour sa part, l’Agence française de développement (AFD) veut bien d’abord trouver une explication à l’augmentation, depuis 1980, des besoins en eau potable avant d’y proposer
une solution. Dans un rapport d’avril 2009, elle estime que le problème vient «des décennies de conflits et d’exode rural, de l’extension rapide et anarchique de l’urbanisme dans les quartiers
périphériques de grandes villes ainsi que du manque d’un réseau de distribution d’eau, notamment au Bas Congo et à Kinshasa, dans l’ouest de la RDC».
Selon le service de communication de l’AFD, l’agence «vient d’approuver une subvention de huit millions d’euros pour un programme d’alimentation en eau potable dans des
quartiers et communes pour permettre d’améliorer les conditions sanitaires et de vie de 410.000 habitants» dans plusieurs villes du pays. L’agence estime également qu’il est urgent d’œuvrer «en
faveur des femmes et des élèves qui seront bénéficiaires d’une sensibilisation à l’hygiène».
Par ailleurs, «puisqu’un pays si riche ne peut exclusivement compter sur la bienfaisance des partenaires extérieurs, il faut combattre le monopole de la REGIDESO dont le seul
effet est de lutter contre la concurrence et donc, il faut la possibilité pour le peuple congolais d’avoir un choix qualitatif», estime Fernandez Murhola, activiste membre de la Coordination
nationale des ONG congolaises des droits de l’Homme (CNOGDH) et président de la société civile de Kinshasa.
Pour la population qui habite la périphérie de Kinshasa, «le gouvernement congolais pouvait même exploiter l’abondante pluviométrie dont le ciel a doté le pays», affirme Dany
Singoma, un activiste des droits humains dans les périphéries de Kinshasa. Il explique à IPS qu’il regrette beaucoup en effet que «le gouvernement ne soit pas engagé à exploiter l’abondante
pluviométrie dont est particulièrement bénéficiaire la RDC, comme plusieurs pays africains qui, depuis de longs mois, ne voient tomber une goutte de pluie sur leur sol, comme le Tchad». Et il
rappelle qu’«il pleut sur le sol congolais pendant presque le tiers de l’année».
«Au lieu d’être une réponse aux problèmes d’accès à l’eau pour les Congolais, les pluies sont des sources des malheurs indicibles dans plusieurs quartiers où des écoulements
d’eaux sont bouchés depuis des années et où les eaux créent des inondations, des glissements de terrain, des destructions d’habitations, créant des milliers de ménages sinistrés sans-abri, des
déplacements de personnes et même des pertes en vies humaines», souligne Pascal Mavungu, un ingénieur géologue.
La REGIDESO, qui brille par ce que Yves Ndembe, un avocat congolais, qualifie «d’inaction et d’absence», est «handicapée par le déficit d’intervention de l’Etat dans son
fonctionnement», affirme un de ses hauts cadres qui a requis l’anonymat.
«La RDC occupe une position stratégique entre les fleuves Congo et Nil», avait déclaré José Endundo Bononge, le ministre congolais de l’Environnement, le 22 mars dernier lors
de la célébration de la Journée mondiale de l’eau. Mais «il n’y a rien à espérer!», estime un cadre de la REGIDESO. Cette conclusion presque «fataliste et d’aveu d’incapacité de ce cadre de la
REGIDESO décourage», selon Singoma qui, désolé, a déclaré à IPS que «le gouvernement lui-même est déjà absent de la vie des Congolais!» (FIN/2009)
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