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Gen Tahir Guinassou:

Pendant que les géants internationaux du secteur poursuivent leurs tentatives de rapprochement avec plus ou moins de succès, les opérateurs régionaux, de
moindre envergure, étendent leurs opérations par acquisitions successives.
Le monde des télécommunications en Afrique est en perpétuel mouvement, jusqu’à en donner le tournis. Le mois de septembre dernier a été particulièrement agité.
Alors que l’opérateur indien Bharti Airtel renonçait à fusionner avec le sud-africain MTN, le koweïtien Zain, très présent sur le continent, trouvait finalement un accord avec un consortium indo-malaisien mené par le groupe Vavasi pour
lui céder 46 % de son capital. Montant de la transaction : près de 14 milliards de dollars ! Zain a manifestement changé de cap en août dernier après la tentative avortée en juillet du
français Vivendi d’acquérir ses actifs africains. La coïncidence est troublante lorsqu’on sait que le koweïtien lui en demandait plus de 12 milliards de dollars… « N’ayant pas voulu
baisser son prix de vente au départ, Zain a fait volte-face pour encaisser du cash, dont il a un besoin urgent », explique Laurent Benzoni, associé à Tera consultants, un cabinet de conseil
en télécommunications, spécialiste de l’Afrique. Mais aucun observateur averti n’est à l’abri d’une surprise d’ici fin décembre 2009, date à laquelle la prise de participation du consortium
indo-malaisien doit être effective. D’autant que la question de gouvernance entre les actionnaires koweïtiens et les nouveaux entrants, le malaisien Al-Bukhar Group et les indiens Vavasi, BSNL et
MTNL, reste ouverte. « De façon générale, sur des marchés africains où la dynamique de la téléphonie mobile ralentit, le montant exigé par les vendeurs d’actifs est prohibitif pour les
investisseurs. Les grosses opérations de fusion ou de rachat leur apparaissent trop risquées en ce moment », analyse Laurent Benzoni. Pour Thecla Mbongue, Senior Analyst chez Informa
Telecoms & Media, bureau d’étude et de recherche en télécommunications, « la problématique pour les opérateurs est de continuer à croître à moindre coût, car le gros des abonnés riches
et urbains est déjà couvert. Dans ce contexte, les montants exigés pour la vente d’actifs sont trop élevés, d’autant que la croissance postérieure de l’acquéreur ne peut s’effectuer que sur une
frange supplémentaire de nouveaux abonnés ruraux qui n’ont pas beaucoup de moyens. »
Economies d’échelle
Pourtant, les tentatives de rapprochement entre grands opérateurs suivent une certaine logique. Les économies d’échelle qui résultent d’une fusion leur
permettraient de diminuer les coûts et de dégager des fonds dédiés à de nouveaux marchés. Le recours à une acquisition peut également créer des synergies technologiques entre les deux
partenaires, ce qui leur permet d’étendre leurs offres de services. Et le moment est peut-être encore opportun pour s’emparer d’opérateurs publics sous-capitalisés. « En difficulté
financière, certains acteurs de téléphonie mobile restent toujours des proies intéressantes pour beaucoup d’investisseurs internationaux évoluant ou pas sur le continent. C’est pourquoi les
tentatives d’acquisition vont continuer », affirme Guy Zibi, d’Africa Next Investment Research.
Nombre d’opérateurs sous-régionaux de moindre envergure l’ont bien compris. Ils poussent progressivement leurs pions sur le continent, à l’affût de licences ou de
rachats d’opérateurs nationaux. Après le Burkina, la Mauritanie et le Gabon, Maroc Telecom a ainsi étendu sa présence dans un quatrième pays, le Mali, en s’octroyant récemment l’opérateur public
malien Sotelma. « On ne s’interdit rien sur toutes sortes d’opportunités, octroi d’une licence, rachat d’un opérateur ou prise de participation », indique-t-on chez Maroc Telecom. Moov,
la marque d’Atlantique Telecom (groupe Etisalat), s’est aussi étendue ces dernières années dans six pays (Togo, Bénin, Niger, République centrafricaine, Côte d’Ivoire et Gabon). « Tigo, filiale de Millicom, a fait de même pour être
présent au Sénégal, en Tanzanie, en Sierra Leone, au Tchad… » souligne Thecla Mbongue. De nouveaux acteurs, comme Sudatel, Warid Telecom ou Lap Green Network, soutenus par des fonds du
Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, se greffent aujourd’hui à ce grand mouvement d’acquisitions. Sudatel, d’origine soudanaise, a commencé à se répandre sur le continent en s’emparant de Kasapa au
Ghana, Chinguitel en Mauritanie, et en lançant son réseau Expresso au Sénégal. « Warid Telecom opère déjà au Congo-Brazzaville, en Ouganda et en Côte d’Ivoire. Et Lap Green avance par
petites acquisitions, notamment en Côte d’Ivoire et au Rwanda », précise Thecla Mbongue.
Ces stratégies d’expansion provoquent néanmoins un certain déséquilibre géographique du secteur. Si elles laissent de belles opportunités dans les derniers foyers à
fort potentiel, comme le Nigeria ou la RD Congo, elles contribuent à l’émergence d’un nombre démesuré d’opérateurs dans certains petits pays. Le Gabon voit ainsi surgir un quatrième
opérateur mobile, Azur, détenu par le groupe Bahrein Bintel. « Cinq acteurs ou plus dans des pays de moins de dix millions d’habitants où le pouvoir d’achat est faible, ce n’est pas
rationnel. Cela favorisera sans nul doute un mouvement de consolidation du secteur », estime Marc Rennard, directeur exécutif Afrique, Moyen-Orient et Asie chez Orange. Le paysage africain
de la téléphonie mobile n’est pas près de se figer.
jeuneafrique
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